Niklaus Iten, bio-familia: «Le bio sera plus concurrentiel si les pollueurs doivent passer à la caisse»

13. novembre 2018



Le bircher musli original de bio-familia est un succès depuis soixante ans. Cette pionnière du musli dont le siège est à Sachseln OW et qui fait partie du groupe Hipp produit aujourd’hui 14'000 tonnes de muslis par année dont environ dix pourcents en qualité Bourgeon. Niklaus Iten, gestionnaire de la qualité de bio-familia et président de la «Communauté d'Intérêts Bio en Suisse (CI BIO)» explique en interview quel rôle le bio joue aujourd’hui chez bio-familia et pourquoi la poursuite du développement de l’assortiment des produits bio est plus importante que la croissance quantitative.

Monsieur Iten, qu’est-ce que le bio représente pour bio-familia?

Le bio est profondément ancré dans l’ADN de bio-familia. Au début il y a eu l’idée de fabriquer un bircher musli avec des matières premières bio, et notre bircher musli d’origine, pour lequel différentes matières premières bio sont mélangées, a été lancé en 1959 et est toujours produit aujourd’hui. Nous transformons quelque 260 matières premières dont trente pourcents de qualité bio. Nous aimerions bien avoir une plus grande proportion de bio, mais notre marge de manœuvre est limitée parce que nous répondons à une demande – bio ou pas bio, c’est les clientes et les clients qui décident.

D’où viennent les matières premières pour vos produits?

Les produits bio comme le blé, le seigle, l’orge, l’épeautre, le sucre et les pommes viennent de cultures biologiques suisses. Les matières premières qui ne sont pas ou pas assez produites en Suisse ou qui ne sont pas de la qualité désirée sont achetées à l’étranger: En plus des matières premières suisses nous commandons des marchandises en Europe, mais les ingrédients «exotiques» viennent bien sûr de partout dans le monde. Si l’importation de matières premières bio était par trop limitée, cela ne rendrait pas service aux paysannes et paysans biologiques suisses. Prenez par exemple un musli bio qui se vend bien et dont cinq ingrédients sur quinze sont importés. Si nous ne pouvions plus fabriquer ce musli à cause de restrictions d’importation, il s’utiliserait aussi moins des dix ingrédients produits en Suisse.

Où voyez-vous les défis concernant la production bio?

Nous avons avant tout besoin de recettes attractives pour les produits bio afin que toujours plus de consommatrices et de consommateurs soient prêts à payer plus cher. Nous avons d’ailleurs un problème de prix parce que les coûts environnementaux de l’agriculture conventionnelle ne sont pas inclus dans les prix des matières premières. Tant qu’il n’y aura pas de réelle véracité des coûts l’agriculture biologique ne pourra pas atteindre la proportion qu’elle devrait en réalité avoir au vu des graves problèmes de l’environnement.



Le «Symposium Bio 2018: Classe et masse» est consacré à la question de savoir comment la branche bio réussira à croître quantitativement sans perdre en qualité. Voyez-vous une contradiction entre ces deux souhaits?

Nous atteignons en Suisse une proportion d’environ 15 pourcents de la surface agricole utile qui sont cultivés en bio, la moyenne mondiale étant de un pourcent. La proportion de bio devrait cependant atteindre vingt, trente, quarante ou même soixante pourcents! Au vu des défis qui se posent pour l’eau, le climat et les ressources, nous devons encourager plus fortement le développement quantitatif de la production bio. Les exigences de base du bio dans l’agriculture sont définies, les prescriptions légales doivent être appliquées. En ce qui concerne la transformation des matières premières de production biologique, nous ne devrions à mon avis pas nous compliquer la vie avec des discussions sur la qualité.

Pouvez-vous mentionner un exemple?

Certains procédés des technologies alimentaires peuvent avoir des avantages et améliorer l’attractivité d’un produit, je pense par exemple à l’extrusion. Bio Suisse impose une transformation douce, et c’est pour quoi l’extrusion, qui peut provoquer de grandes forces de cisaillement ainsi que des pressions et des températures élevées, n’est que très peu autorisée. Si l’extrusion est interdite pour de nombreuses utilisations, on peut se demander quelles conséquences cette décision a pour l’ensemble du système. Les limites posées à la transformation des produits Bourgeon ne devraient à mon avis pas être trop strictes.

Quels critères de qualité des matières premières bio sont importants pour vous?

Pour faire simple, une matière première bio doit remplir les exigences bio correspondantes sans chercher à louvoyer. Nous avons confiance en cela. Tout le reste n’est pas différent que pour les matières premières conventionnelles: Il y a des allergènes, des corps étrangers, la microbiologie, la qualité générale des produits et cætera. Nous avons un très grand catalogue de critères pour la qualité d’une matière première, et le bio n’est qu’un des nombreux facteurs dont nous devons tenir compte. On trouve toujours à la première place la sécurité des denrées alimentaires. Le problème est le suivant: Si on place les conditions pour les produits bio inutilement haut, il sera difficile de trouver des ingrédients de la qualité nécessaire. Il se peut alors qu’un produit soit quand même fabriqué, mais avec des matières premières de production conventionnelle et non pas biologique.

Vous êtes le président de la CI Bio. Quel rôle joue-t-elle dans la filière de création de valeur ajoutée?

La CI Bio créée en 2015 représente les intérêts toutes branches confondues d’une grosse cinquantaine d’entreprises de la filière biologique suisse de création de valeur ajoutée. Ces entreprises vont de la transformation à la vente et passant par la distribution. Un des thèmes qui nous occupe est le traitement réservé aux résidus présents dans les denrées alimentaires bio. Nous nous engageons de manière générale en faveur de bonnes conditions-cadres politiques, économiques et juridiques pour nos membres, et nous collaborons étroitement avec les autorités et les fédérations.




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