Du lait à base d’herbe et rien d’autre

02. février 2021

Hans Braun, agriculteur bio, a choisi une autre voie que celle qui avait été tracée pour lui et créé une exploitation modèle.


Les vaches peuvent quelque chose que nous ne pouvons pas: se nourrir uniquement d’herbe et digérer son composant principal, la cellulose. Ce qui rend les vaches intéressantes du point de vue environnemental bien qu’elles soient critiquées en raison de leurs émissions de méthane. En effet, elles peuvent d’une part produire des aliments pour les humains sur des sols inexploitables pour la culture. Et d’autre, ces pâturages peuvent en partie compenser les émissions animales de méthane puisque le système racinaire de l’herbe retient le carbone dans le sol.

Lait Bourgeon bio: les différences.

Le lait Bourgeon bio provient uniquement d’exploitations bio suisses respectant les directives de Bio Suisse: l’élevage en pâturage du printemps à l’automne pendant au moins 26 jours par mois. En outre, l’utilisation d’antibiotiques est très limitée. À partir de 2022, les producteurs Bourgeon bio ne pourront plus donner que 5 % de céréales (au lieu de 10 %) et ne pourront plus importer de fourrages bio de l’étranger. Ces directives entraînent en général des inconvénients économiques, tels qu’un volume moindre par étable ou surface. En conséquence, les exploitants ont besoin d’un prix élevé pour leurs produits par rapport au lait conventionnel.


Du fourrage au lieu de pain et de bière.

Une vache qui produit son lait uniquement à partir d’herbe, dans le respect de l’environnement et de l’animal. – Cette image ne correspond hélas pas à la réalité dans de nombreux cas. En Suisse, plus de la moitié des céréales fourragères est consommée par les vaches laitières et les génisses. L’orge, le maïs et je soja pourraient être utilisés plus efficacement pour les humains sous forme de pain, de malt, de tofu ou de bière et de whisky. Les bovins n’ont pas toujours mangé autant de céréales. Au contraire: dans les années 1930, les doses de concentrés par bête étaient fortement limitées par l’état et un rendement de plus de 20 litres par jour était considéré comme très élevé. Mais, dans les années 1960, les éleveurs suisses commencèrent à croiser leurs troupeaux avec les races Holstein et Brown Swiss d’outre-Atlantique. Elles devaient améliorer la production laitière de leurs bêtes. Elles ont tout au moins fait leurs preuves à cet égard. De nombreuses vaches laitières suisses ont depuis atteint le niveau nord-américain et produisent 50 kilos de lait par jour ou plus. Mais un tel rendement n’est possible qu’avec beaucoup de céréales et de soja, c’est pourquoi l’utilisation de concentré par vache a plus que doublé depuis 1990.

«Ça ne peut pas continuer comme ça».

«Lorsque j’ai repris la ferme de mon père en 1995, cette évolution était en cours. J’ai vite compris que cela ne pouvait pas continuer comme ça», explique Hans Braun, agriculteur bio à Rothrist AG. Hans Braun Senior, son père, était un célèbre éleveur laitier et juge lors des expositions de bétail nationales – une fonction dotée d’un important prestige social auprès des agriculteurs. C’est lui qui lui a transmis la passion de l’élevage. Comme de nombreux éleveurs qui rêvent secrètement ou ouvertement d’un premier prix lors d’une exposition importante et qui investissent une grande énergie et de l’argent pour parvenir à cet objectif. Mais son père revint un jour complètement abattu d’un voyage en Amérique du Nord, racontant, soucieux, les utilisations élevées d’antibiotiques nécessaires en raison de l’incroyable rendement laitier. L’élevage laitier suisse devait-il s’en inspirer? Malgré d’autres succès la première année en tant que chef, Hans Braun décida de réorganiser totalement son exploitation et l’élevage.

De nombreux obstacles surmontés.

Au bout d’un an seulement, il convertit le Lehenhof – le domaine sur lequel son grand-père était déjà locataire – au bio et commença à élever des vaches qui se contentaient d’une alimentation à l’herbe exclusive et menaient une vie longue et productive en recourant le moins possible aux médicaments. Pour emprunter cette voie, il a dû surmonter certains obstacles dans sa tête, puis de nombreux autres dans son environnement. Ce qui était prévisible se produit: son père dût supporter les railleries de ses collègues éleveurs et on conseilla à Hans Braun d’investir son temps ailleurs lorsqu’il demanda aux principales organisations d’éleveurs en 1997 si elles seraient prêtes à soutenir une nouvelle race. Hans Braun recherchait une race laitière productive mais non pensée pour des rendements record.

Une nouvelle race de vache.

Aujourd’hui, l’agriculteur bio de 58 ans se tient dans ses pâturages, parmi ses 54 vaches laitières. Elles sont de la race Swiss Fleckvieh, reconnue officiellement depuis six ans. Hans Braun l’avait créée en 1997 avec des collègues éleveurs malgré le rejet des associations. Depuis 15 ans, Hans Braun pratique une production laitière exempte d’antibiotiques et n’utilise pas un gramme de concentré. Les vaches broutent ce dont elles ont besoin sur la prairie rase ou le trouvent en hiver sous forme d’ensilage et de foin dans la mangeoire dans leur étable à stabulation libre.

Du champ de la faim...

Hans Braun montre ses pâturages qui s’étendent autre l’Aar et la zone industrielle de Rothrist: «On appelait jadis cette zone Hunger-Zelg (champ de la faim).» Le bailli bernois prenait ici la dîme la plus petite de toutes. Les sols sont rocailleux et souvent secs, c’est pourquoi il a décidé, peu de temps après avoir repris l’exploitation en 1995, d’arrêter de cultiver les champs et de miser uniquement sur le pâturage. «Le bailli souhaitait lui aussi améliorer la productivité de son domaine depuis le château d’Aarbourg. Pour ce faire, il fit construire un système d’irrigation complexe constitué de canaux et de prés d’eau. Les investissements importants ont toutefois conduit le bailli à la ruine financière», raconte Hans Braun. Il eut la main plus heureuse. Son élevage laitier n’est pas extensif comme en témoignent les nombreuses haies, vergers à haute tige idylliques et prairies maigres éclatantes qui ponctuent les pâturages de ses vaches. Non, l’ancien champ de la faim est aujourd’hui une exploitation à la pointe en comparaison européenne: 12’500 kilos de lait par hectare de surface herbagère, comme l’attestait récemment une étude internationale.

... à l’entreprise modèle.

Ce succès est dû à un système de pâture sur gazon court exploité de manière exemplaire et à la sélection rigoureuse des vaches les plus résistantes et les plus productives se contentant d’herbe comme unique alimentation. Il a pu ainsi sensiblement réduire les dépenses de santé de son troupeau. «Au début, j’ai remplacé les antibiotiques par l’homéopathie, à laquelle je ne recours presque plus non plus. Et ce, parce que j’élève des animaux adaptés au lieu», explique Hans Braun fièrement. C’est également intéressant au niveau financier. La fierté de l’éleveur émane de ce visage tanné.

L’exploitation de la famille Braun.

Hans et Sandra Braun dirigent le Lehenhof à Rothrist AG dans la troisième génération. La ferme Bourgeon bio comprend 50 hectares (ha) de surface agricole, dont 18 ha de pâturages, 13 ha de prés, 12,5 ha de surfaces écologiques précieuses (prés, jachères florales, haies) et 8 ha de blé, de céréales et de pommes de terre. Leur fille Claudia transforme les produits carnés et laitiers de la ferme et les vend dans le magasin de ferme. L’exploitation compte plus de 50 vaches laitières et ses propres taureaux de reproduction. La famille Braun renonce à l’utilisation d’antibiotiques et de concentrés et élève également des chevaux Franches-Montagnes et de petits animaux. lehenhof.ch