Sauver les plantes de culture et les races d’animaux de rente rares

Connaissez-vous le mouton de Saas, un mouton local aux longues oreilles? Ou la pomme Rouge du Juvigny? En matière de variété, la diversité est non seulement un gage de plaisir pour le palais et le moral, mais elle contribue également à préserver les plantes de culture et les races d’animaux de rente menacées. ProSpecieRara donne envie de découvrir notre diversité locale et de la préserver en assurant sa survie.

Depuis 2003, le biologiste Philippe Ammann est un peu comme un poisson dans l’eau au sein de la fondation ProSpecieRara. Il est responsable des projets animaux et commercialisation et, en sa qualité de vice-directeur, il nous ouvre les portes de la fondation pour un petit aperçu des coulisses.

Promouvoir la biodiversité, cultiver des espèces rares

Nos plantes de culture et nos animaux de rente locaux d’origine ont été de plus en plus souvent remplacés par des races et des variétés à haut rendement en raison d’une agriculture exigeant performance et productivité. C’est pourquoi aujourd’hui la plupart des animaux de rente font l’objet d’un élevage intensif, tout comme les variétés de fruits et de légumes cultivés à grande échelle. Des animaux comme la poule appenzelloise barbue, la chèvre grise, la vache grise rhétique et le mouton de Saas ne doivent aujourd’hui leur survie qu’à l’engagement de longue date de la fondation, qu’à la passion des éleveurs/-euses, ainsi qu’à la mobilisation des associations d’élevage. «Notre réseau de conservation comporte près de 1’800 personnes et entreprises», précise Philippe Ammann. «D’une part, ce réseau veille à préserver et à multiplier les différentes variétés et races. D’autre part, il permet de commercialiser les produits qui en sont issus. La fondation met en avant cet engagement avec le label de qualité ProSpecieRara, qui est également dans le même temps un label commercial.» Les gardiens/-iennes de variétés, ainsi que les éleveurs/-euses d’animaux sont tout aussi diversifiés que notre faune et notre flore. Qu’ils soient producteurs/-rices professionnels/-elles ou bien acteurs/-rices privés/-ées dans de plus petites structures comme leur jardin ou leur étable, tous agissent avec passion en mettant du cœur à l’ouvrage.

Bio Suisse récompense les agriculteurs bio qui cultivent des variétés de fruits et de légumes ou élèvent des animaux de rente ProSpecieRara en leur offrant des points supplémentaires dans le cadre du check-up Biodiversité. C’est ce que l’on appelle l’«agrobiodiversité», «un mot pas vraiment très agréable en réalité», comme le souligne Philippe Ammann en souriant, «mais qui permet de décrire un aspect d’une valeur inestimable, à savoir la diversité biologique des ressources utilisées par l’agriculture, et donc la diversification de la base de notre alimentation.» L’important n’est donc pas seulement la «biodiversité sauvage» des insectes, des oiseaux, des reptiles et de bien d’autres espèces, mais également la diversité domestiquée des variétés et des races. Des aspects comme le changement climatique nous montrent à quel point il devient même de plus en plus pertinent d’adopter une approche plus large en prônant la diversité du vivant, plutôt que de ne dépendre que d’une seule race ou de monocultures. Ainsi, il est possible de se tourner vers d’autres variétés ou de s’en éloigner si la récolte d’une culture n’est pas bonne à un moment donné.

À propos de ProSpecieRara

ProSpecieRara est une fondation à but non lucratif, qui travaille à la survie de 32 races d’animaux de rente et plus de 4’700 variétés de plantes locales et désormais rares. Une diversité qu’il convient de préserver. Le siège social de la fondation, situé à Bâle, au cœur des magnifiques Jardins Merian, renferme le trésor de ProSpecieRara: une séminothèque comportant des semences de plus de 1’700 variétés rares de légumes, de plantes de plein champ et de plantes d’ornement.

Devenir gardien/-ienne ProSpecieRara

Les explications de Philippe Ammann: «Chacun/-e peut devenir gardien/-ienne. Nous proposons pour cela des ateliers et des cours; par ailleurs, des établissements horticoles et des pépinières sont spécialisés dans la culture de plantes ProSpecieRara.» Il est également possible de s’informer en ligne à partir du catalogue des variétés. «Ce qui est important, c’est le plaisir et l’engagement», précise le biologiste. Car il faut bien prendre conscience du point suivant: «En tant que gardien/-ienne de variétés enregistré/-e, chacun/-e est également responsable de «sa» ou de «ses» variétés. Il est important de faire preuve d’une certaine précision et d’un certain contrôle, car les semences rares doivent pouvoir faire l’objet d’une traçabilité. C’est pourquoi tous les membres de notre réseau signalent au moins une fois par an si tout se passe bien avec leurs variétés et leurs races.»

En ce qui concerne les légumes en particulier, la conservation permet de jardiner différemment. Dans le cas de la culture de graines, la récolte n’intervient pas lorsque les courgettes sont prêtes à manger. Au contraire, il faut faire preuve de patience et laisser certains fruits et légumes dépasser le stade de maturité jusqu’à ce que les graines qu’ils renferment soient également entièrement formées. Parce que l’objectif, dans ce cas, est de récolter les graines. «Le fait de pouvoir obtenir des semences rares peut combler de plaisir et de satisfaction les gardiens de variétés. C’est un moyen de contribuer ainsi à conserver et à multiplier une culture menacée, une partie des semences récoltées est d’ailleurs retournée à ProSpecieRara.» Et comme Philippe Ammann l’explique: «Une fois par an, une journée de battage est organisée, au cours de laquelle une partie des semences cultivées dans les jardins de ProSpecieRara à Bâle et à Wildegg sont nettoyées en groupe et préparées en vue de leur intégration dans la séminothèque.» Il s’agit d’une journée d’apprentissage et d’échange.

Préserver grâce à l’utilisation

Philippe Ammann explique le principe fondamental de ProSpecieRara «Préserver grâce à l’utilisation». «La diversité des variétés et des races ne doit son existence que par notre recours aux animaux que nous avons élevés et aux plantes que nous avons cultivées de génération en génération en fonction de nos propres besoins. Pour les conserver de façon durable, il nous suffit de continuer à les utiliser. Nous serons ainsi en mesure de faire naître une demande, qui nous permettra de continuer à avoir recours aux anciennes variétés et races.» Nous pouvons donc tous nous engager à garantir la diversité des variétés, même sans nous occuper nous-mêmes de plantes ou d’animaux rares. «Chacun/-e d’entre nous peut réinventer sa propre consommation. Ce que nous mangeons et consommons détermine également ce que nous produisons.» Philippe Ammann souligne: «Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice par son propre comportement en matière de consommation. En exigeant diverses variétés et en achetant des produits locaux et de saison, chacun s’engage de fait pour la diversité locale. Ce comportement a un impact très direct sur la préservation et le soutien de la diversité. Il s’agit d’une problématique importante pour moi et je souhaiterais sensibiliser l’opinion publique à ce sujet.»

Local, saisonnier et durable

Diversifiés, savoureux, un plaisir pour les yeux – et produits localement: ce sont les favoris de saison de ProSpecieRara! La fondation accorde actuellement une attention particulière aux variétés de saison et met à disposition un réseau local par le biais d’une carte de la diversité. Cette carte permet de trouver des producteurs/-rices locaux/-ales, des restaurants, ainsi que des entreprises agroalimentaires et commerciales qui vendent des produits variés et locaux. De nombreuses variétés ProSpecieRara sont bien entendu disponibles sur les marchés organisés par ProSpecieRara, comme le Reutenmarkt du mois d’octobre à Zofingen. Il ne faut surtout pas hésiter non plus à se renseigner sur les variétés et races anciennes auprès des stands des marchés locaux organisés chaque semaine ou des magasins de ferme. Tout cela dans le but de «Préserver grâce à l’utilisation», la demande et l’intérêt.

Rédaction et images: Maya Frommelt et ProSpecieRara